Les évènements professionnels sont morts, vive les évènements professionnels !

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💌 Vous et moi

C’est la reprise ! Ravi de retourner au bureau, manger au restaurant et retrouver une vie (presque) normale. Pourtant, certains secteurs ne semblent pas prêts de reprendre leur activité d’avant. Cette semaine nous nous intéressons à l’une des grandes victimes de la crise sanitaire : le secteur des évènements professionnels.

🎯 Cette semaine

Souvenez-vous…Combien de rencontres importantes ont eu lieu lors d’un congrès, d’un salon ou d’un petit déjeuner professionnel ? Combien d’affaires y avez-vous conclues ? Combien de carrières ont évolué grâce à ce type d’évènements ?

Comme disait Otis dans Mission Cléopâtre, “les hasards, les rencontres forgent une destinée”. Agréger des professionnels autour de contenus (conférences, présentations, stands,…) dans un lieu et à un moment précis est devenu l’alpha et l’omega du marketing BtoB. Venez pour les contenus, restez pour le réseau. Ces rassemblements se sont multipliés ces dernières années. Des foires du Moyen-Âge aux Expositions Universelles, les évènements sont aussi devenus un outil de promotion des territoires : les villes s’y associent dans l’espoir d’attirer le tourisme d’affaires. Paris a accueilli en 2018 plus de 1 500 salons et congrès.

Le community building est devenu une discipline très prisée qui mixe relations en ligne et IRL (in real life : dans la vraie vie). De multiples solutions comme Meetup ou Eventbrite facilitent les rencontres de communautés professionnelles.

Lire notre article : À vendre, communauté. Parfait état. Prix justifié

On estime à 30 milliards de dollars par an le marché des seuls conférences et congrès professionnels dans le monde. Je participe moi-même à une quinzaine d’évènements par an en tant que spectateur, mais aussi de plus en plus comme conférencier et panéliste. J’y ai fait de très belles rencontres 👋🏻👋🏻

Oui mais voilà : dès février 2020, l’annulation du Mobile World Congress de Barcelone fut l’étincelle qui allait court-circuiter la quasi totalité des grands évènements. Rassembler plusieurs milliers de personnes venues du monde entier dans des espaces exigus est soudain devenu la pire idée possible en période de pandémie. Malgré l’assouplissement du confinement, peu d’évènements envisagent de se tenir “normalement” d’ici à la fin de l’année…Ce qui met beaucoup d’acteurs au bord de la faillite.

Ici et là, on a vu les plus grands évènements “passer en ligne”. Selon cette agence spécialisée, 93% des entreprises envisagent d’investir dans ce type de format, même si à peu près la même proportion reconnaît qu’ils ne pourront pas remplacer les rencontres “en personne”. Liste des évènements internationaux qui sont passés en ligne ce printemps.

Le toujours très pertinent Benedict Evans met les pieds dans le plat : la version “en ligne” de ces évènements est souvent pauvre et peu satisfaisante. Les conférences deviennent des “live webinars” un peu poussifs. Les organisateurs luttent pour créer de l’interactivité et du “réseautage” entre participants. Mais l’engagement reste faible.

La raison est simple, vous l’aurez compris : il manque l’essentiel. Le prétexte pour se rencontrer (“je passe à Berlin, voyons-nous”). La convivialité, qui nous aide à entrer en contact avec l’autre (“je n’ai pas fait tout ce chemin pour rester dans mon coin”). Et surtout, le hasard et la sérendipidité qui font le sel des rapports humains (“je vais à cet évènement pour découvrir des gens de tel milieu”).

Benedict s’interroge : à quoi bon tenter de reproduire en ligne un évènement ? Pourquoi chercher à “rassembler” une cible professionnelle ? Et surtout, au même moment ? L’expert compare les évènements en ligne actuels au shopping malls virtuels apparus sur internet à la fin des années 90. Des galeries commerciales virtuelles dans lesquelles on pouvait “déambuler” et “entrer” dans des boutiques. Une pâle reproduction de la réalité. Sauf que, dans la réalité, le modèle d’agrégation de boutiques a tout son sens : gain de temps et d’espace, multiplication des opportunités. Aller en ligne casse tout simplement cette agrégation. À quoi bon suivre le parcours imposé par le “propriétaire” alors que vous pouvez littéralement visiter toutes les boutiques (ou tous les stands) du monde lorsque vous êtes sur internet ?

Evans invite donc les organisateurs d’évènements à ne pas chercher à reproduire en ligne des modèles d’agrégation qui n’ont de sens qu’IRL. Au contraire, il les pousse à régler des problèmes qui existaient déjà avant la pandémie. Les networking events étaient souvent inefficaces et hasardeux. Combien ne rassemblaient en réalité que des gens qui se connaissaient (regardez simplement les photos du CES de Las Vegas, c’est frappant) ? “Ne plus dépendre du hasard ou de la tolérance à l’alcool” : en bref, réinventer le networking plutôt que réinventer les évènements.

“Chaque fois qu’on a un nouvel outil, on commence par l’utiliser pour faire les mêmes choses qu’avant. Puis on se rend compte du potentiel de ces outils pour faire différemment”. Réinventer les évènements en ligne suppose de se poser les bonnes questions : comment aider les introvertis, les petits nouveaux, à rejoindre un réseau établi ? Comment mieux se présenter personnellement et professionnellement ? Faire de son temps un usage efficace ? Comment créer du hasard utile ?

Comme vous l’avez compris, je travaille sur ce sujet en ce moment. N’hésitez pas à me contacter par retour de mail si vous souhaitez en parler.

Lire l’article de Benedict Evans : Solving online events

🧐 Et aussi

Intéressante analyse de Ben Thompson (Stratechery) sur les inégalités raciales aux États-Unis et le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion de l’information. Dust in the light

Frédéric Filloux (Monday Note) étudie lui la ligne de crête sur laquelle se trouvent les plateformes de medias, entre censure et liberté d’expression The strange notion of “arbiter of truth”

Tout cela nous rappelle beaucoup la controverse qui avait secoué Facebook durant les élections de 2016. L’histoire se répète. Inside the Two Years That Shook Facebook—and the World

🤩 On a aimé

C’est une histoire de couple. Elle est infographiste, lui est cartographe. Tous deux travaillent dans de grands journaux.

Madame n’a pas son pareil pour décrire ses découvertes littéraires, culturelles et artistiques (avec de la data dedans bien entendu) Claradealberto sur Twitter

Monsieur transforme n’importe quelle carte en conte d’Andersen ou en énigme policière. Jules Grandin sur Twitter

On lui doit le très poétique #ThingsMaps qui fait des petits riens du quotidien un sujet d’inspiration cartographique.

Monsieur et Madame relatent aussi avec humour et poésie leur vie avec bébé, en infographie bien entendu. LittleBigData. : Cartographie générale du relief du visage du nourrisson au troisième mois

Pour finir sur les cartes, découvrez le magnifique travail de Sean Conway qui fait renaître les cartes du passé Carte géologique de la France

C’est terminé pour cette semaine.

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Stéphane