La gratuité peut-elle sauver le transport public ?

Le transport public va mal. Mais attention aux remèdes de cheval. L’essentiel est ailleurs. Newsletter #143

15marches est une agence de conseil en innovation. Explorez nos missions et références ici : 15marches.

Si vous découvrez cette lettre aujourd'hui, abonnez-vous pour ne pas manquer les prochaines. 

Vous pouvez aussi la partager par mail pour aider d’autres personnes à la découvrir.

💌 Vous et moi

Peut-être ne le saviez-vous pas mais j’ai passé dix ans chez un opérateur de transport public dans les années 2000. Dix ans à essayer de comprendre comment on produit et distribue un service complexe, dont l’arrivée du bus à votre arrêt n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dix ans à découvrir l’incroyable complexité des institutions, contrats, réglementations,…Mais aussi dix années à apprécier la passion des “gens du transport”, ceux qui sont au dépôt à 4h30 et celles qui finissent tard l’analyse du nouvel avenant au contrat de service public.

C’est donc avec un profond respect que j’écris sur le sujet des transports publics, et aussi avec une certaine appréhension : il y a dans ce domaine plus d’experts en embuscade que de volontaires pour faire la circulation dans une gare routière le vendredi soir.

Mais tant pis, j’ai franchi le pas le mois dernier. À l’invitation de Transdev, qui a financé ce travail mais n’est en rien intervenu dans son contenu, j’ai rédigé un long article sur le sujet de la gratuité des transports publics. L’occasion pour moi d’y appliquer ce que j’ai compris des services numériques eux aussi basés sur la gratuité. L’occasion surtout de formuler des propositions pour redonner au transport la place qu’il devrait avoir dans le “monde d’après”, celui où le numérique fédère passions et énergies au service de grands desseins.

Dans la suite de la lettre, nous parlerons des bruits qui nous dérangent et des bruits qui nous manquent, de magasins sans caisse et de restaurants sans restaurant, et nous partagerons nos newsletters préférées.

Bonne lecture ! N’hésitez pas à poser vos questions et commentaires directement sous ce texte ou en cliquant sur “répondre” si vous avez reçu cette lettre par mail.

Stéphane

🎯 Cette semaine

Le blog de 15marches (rappel : ici vous êtes sur la Lettre, le blog c’est ) accueille un article sur la gratuité dans les transports publics. Pour les salariés de Transdev, je débattrai de ce sujet cet après-midi sur la webradio S3E1 de l’entreprise à 16h en compagnie notamment de Laurent MAHIEU, Directeur du réseau de transport urbain – gratuit – de Dunkerque.

La gratuité peut-elle sauver le transport public ? 30 mn de lecture.

Le résumé de l’article :

Deux facteurs sont rarement traités dans les nombreux débats autour de la gratuité :

· le rapport du passager à la valeur du service rendu : ce que nous sommes prêts à payer, ce que nous payons, ce que l’on obtient en retour

· le rapport plus profond du citoyen au service public, son rôle dans la société, l’économie et la lutte contre le réchauffement climatique : pourquoi c’est important d’avoir du transport public pour moi, ma ville, la planète et comment je peux y contribuer autrement qu’en montant dans le bus.

L’article intègre bien entendu le contexte actuel de baisse sensible et apparemment durable de la fréquentation des transports.

Avant de supprimer ce paiement, demandons-nous déjà ce que l’on avait le sentiment de payer et la valeur que l’on percevait en échange. Quand on modifie le prix de ce service, que se passe-t-il ? L’effet de la gratuité sera-t-il le même que celui constaté dans d’autres domaines ? “L’argent a ses raisons que la raison ignore” : sortons du raisonnement purement économique pour embrasser la complexité de notre rapport intime à l’argent, à l’oseille, au pognon, au grisbi,…appelez-le comme vous voulez.

Fort de ces enseignements, quels seraient les impacts croisés de la gratuité sur les différentes populations : les utilisateurs fréquents, les occasionnels, ceux qui ne le prennent jamais, mais aussi les « aisés », les classes moyennes, les pauvres, et enfin ceux qui ont de multiples choix de mobilité et ceux qui n’en ont pas ?

Photo : @jankolar sur Unsplash

Au-delà du prix payé par l’utilisateur, la gratuité aura un impact indirect - et invisible pour les citoyens - sur le rapport entre les opérateurs de mobilité et leurs donneurs d’ordre. C’est l’un des principaux enjeux selon moi : depuis 30 ans les opérateurs sont motivés à “faire monter des gens dans le bus” par différents mécanismes contractuels et financiers. S’ils ne le sont plus, pouvons-nous penser que cela améliorera le service ? Il y a là à la fois une question existentielle pour les opérateurs (privés), mais plus largement un débat à ouvrir sur la manière dont on veut opérer le service public : quelles responsabilités marketing et commerciale (oui j’utilise des gros mots : éloignez les enfants) veut-on laisser aux opérateurs ? Quelles conséquences si on les réduit à la portion congrue ?

Enfin, nous avons tenté de sortir de ce débat pour proposer de nouvelles orientations de nature à modifier le rapport entre le service de transport public et la population. Alors que tout le monde ne jure plus que par le commerce local, comment se fait-il qu’on ne considère pas le transport public comme un service local ?

Comment remettre du « local » dans le « public » ?

Mais aussi : comment utiliser les technologies numériques pour renforcer les missions de service public ? Rapprocher les acteurs, aider ceux qui veulent un transport fort à le soutenir, au-delà des comportements de mobilité et des leçons de morale. Et surtout, comment s’inspirer justement des modèles de gratuité développés ailleurs pour redéfinir la contribution de l’utilisateur, du citoyen et de la communauté ? Il n’y a pas que le MaaS dans la vie, et les opérateurs devraient s’inspirer de réussites comme C’est qui le Patron ou Time for The Planet qui savent utiliser le numérique pour fédérer et engager les bonnes volontés.

Vastes sujets, dont nous ne faisons qu’effleurer certains points en espérant comme toujours d’abord inspirer et ouvrir des champs de réflexion.

Les salariés de Transdev pourront écouter le podcast auquel je participerai aujourd’hui 9 mars de 16h à 17h30 (en français) et 17h30-19h (pour les anglophones).

L’article en accès libre est ici : La gratuité peut-elle sauver le transport public ?

🧐 Et aussi

Vous appréciez certainement le silence de votre bureau depuis que vous télétravaillez. Mais peut-être certains bruits vous manquent-ils ? Le bavardage de vos collègues, le cliquetis des doigts sur les claviers, les sonneries de téléphone, l’imprimante, la machine à café…Parmi les nombreux “sounds of” qui ont vu le jour depuis la pandémie, celui-ci recrée les bruits du travail. Je ne m’en lasse pas. Sounds of colleagues

Parmi les bruits de la maison, il y en a qui sont particulièrement agaçants (et je reste poli). Avec le retour du printemps, l’homo jardilandus aime s’équiper de machines aussi inutiles que pétaradantes pour se donner l’illusion de l’efficacité : débroussailleuses, souffleuses et autres tondeuses dont le bourdonnement gâche nos plus belles heures. Heureusement, certaines municipalités envisagent d’interdire ces machines infernales et n’autoriser que leurs versions électriques. Je vous laisse, je déménage à Oakland. Oakland Bans the Use of Combustion Engine-Powered Leaf Blowers and String Trimmers

Changeons de sujet.

Amazon déploie pour la première fois en Europe son magasin sans caisse. Des caméras observent ce que vous avez acheté. Vous n’avez plus qu’à sortir (“just walk out”). Après avoir supprimé le paiement sur son site de e-commerce grâce à sa technologie One Click, le géant de Seattle parviendra-t-il à le supprimer dans les magasins physiques ? Quel impact cela aura-t-il sur la consommation ? Le concept est ouvert à toutes les enseignes qui veulent s’en servir. Amazon to Open Cashierless Store in London

🍔 Après les magasins sans caisse, les restaurants…sans restaurant. Quand les gens font plus confiance à une influençeuse sur Instagram qu’à une marque établie, pas étonnant que celle-ci songe à prêter son nom à toutes sortes de produits. Et lorsque cette tendance en rejoint une autre, à savoir le “dégroupage” des restaurants entre plateformes de commande, cuisines et salles, cela donne de nouveaux formats : les restaurants virtuels, aussi appelés Franchises Fantômes. Une marque apporte notoriété et marketing, un intermédiaire fournit les outils numériques et le service de livraison, et les restaurants sont réduits à de simples cuisines qui produisent le plat. On vous avait prévenu, quand une filière commence à se dégrouper, la chaîne de valeurs est bouleversée et certains - ici le restaurant - dégringolent. Alors, prêts à acheter un burger 15marches 🍔 ? You’ve Heard of Ghost Kitchens. Meet the Ghost Franchises.

🤩 On a aimé

Cette semaine rendons grâce à ceux que nous pillons généreusement pour notre veille.

Découvrez l’excellente nouvelle lettre d’Estelle Métayer. Je suis admiratif du travail de veille et d’analyse d’Estelle depuis des années. Une grande rigueur dans le choix des ressources et une variété dans les sujets abordés. J’apprends toujours quelque chose. Weak signals and other trends

Est-il besoin de vous présenter Bulletin ? Une newsletter francophone qui parle de tout et de rien mais avec opiniâtreté, humour et talent. Comme pour Estelle, je suis son auteur Jean Abbiateci depuis longtemps (Le Temps, Heidi News,…). Des gens qui vous font aimer le web.

La sérieuse Danatomics de Louis-David Benayer, précise et pointue sur les données et modèles économiques.

Les classiques tech & stratégie Benedict Evans et Stratechery

Les incontournables web & tech francophones Petit Web et Overload , pour ne rien manquer.

Sur les enjeux climatiques, la très fouillée Nourritures Terrestres de Clément Jeanneau. On en sort toujours plus intelligent qu’avant.

Les excellents Pop Up Urbain et Dixit qui changeront à jamais votre regard sur la ville.

Pour finir, celle qui nous épate et nous inspire : La Mutante

Et vous, quelles sont vos ressources favorites ? Partagez-les en commentaires.

C’est fini pour cette semaine.

Avant de partir, n'oubliez pas de mettre un petit 💙 si vous avez aimé cette édition. Vous pouvez aussi partager cette lettre pour la faire découvrir. Merci !

À la semaine prochaine.

Stéphane