Quel est le prix d'une communauté ?

Le numérique a permis d'agréger et valoriser des communautés d'utilisateurs. Que se passe-t-il quand cette valeur est récupérée par des entreprises privées ?

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💌 Vous et moi

Je ne sais pas vous, mais j’ai l’impression d’avoir passé le plus clair de cette année assis devant mon ordinateur. Une vie partagée entre un calme étonnant loin du clavier et une activité débordante dès que j’appuie sur le bouton “Commencer” du Zoom. Vivement que ça se termine…

Heureusement, vous êtes là, de l’autre côté, et cela reste ma principale motivation pour livrer chaque semaine, contre vents et marées, cette lettre.

Cette semaine, nous parlons d’un sujet qui me tient particulièrement à coeur : l’évolution des plateformes “communautaires”, celles qui se sont créées et développées grâce à leurs utilisateurs. Leur succès n’en finit pas de réinterroger les règles du partage de la valeur et de la gouvernance.

🎯 Cette semaine

Quand Facebook, Apple, Amazon et Microsoft adoptent une solution communautaire de cartographie pour toutes les solutions et en deviennent les premiers contributeurs. C’est la folle histoire d’OpenStreetMap (OSM pour les nerds de la carto). De “Wikipedia de la cartographie”, OSM est en train de devenir l’alternative numéro 1 à Google en étant utilisée par des milliards d’individus et d’entreprises. Cela pose évidemment tout un tas de question sur le maintien de son caractère communautaire, sur son modèle économique, et sur la cohabitation entre les “barbus qui font des cartoparties le dimanche” et les ingénieurs des (G)AFAAM. OpenStreetMap is Having a Moment

Les lecteurs du blog auront bien entendu à l’esprit le précédent de GitHub racheté par Microsoft, que nous avions analysée en détail. À vendre : communauté. Parfait état. Prix justifié

Photo : Aranxa Esteve via Unsplash

La situation depuis ne semble pas avoir évolué défavorablement : un GAFA peut intégrer une communauté sans la dénaturer (n’hésitez pas à réagir si je me trompe).

Ces exemples sont intéressants car ils montrent que les stratégies où l '“open” devient le standard sont viables dans l’économie numérique. Des acteurs se mettent d’accord pour “sortir du marché” tout ou partie de leur business, afin de favoriser l’innovation.

Encore faut-il que ces acteurs continuent à jouer le jeu. La grande crainte est que, quand des applications sont rachetées par des géants du numérique, ils les absorbent ou les suppriment définitivement. Ce site rassemble toutes les fonctionnalités “tuées par Google”. Killed by Google

Comment “sortir du marché” des fonctions aussi complexes que le logement, l’accueil d’activités, d’animation, la mise en valeur d’artisans et d’artistes ? C’était l’objectif des Grands Voisins, ce projet associatif un peu fou dans un hôpital désaffecté à Paris, qui s’achève en cette fin d’année. Le moment de lire son bilan, aussi intéressant pour la qualité des réalisations que l’originalité de sa gouvernance. À montrer à vos élus. Bilan des Grands Voisins 2015-2020

D’autres communautés sont en cours de constitution. C’est le cas de celles des cyclistes, pour laquelle le smartphone, la connectivité et le cloud computing offrent des fonctionnalités d’étalonnage, de guidage et de partage.

Et que se passe-t-il quand une application de guidage arrive à fédérer ses utilisateurs pour leur proposer itinéraires, défis et activités en commun ? C’est la belle histoire de Strava, qui revendique 70 millions d’ “athlètes”, et en ajoute 2 millions par mois. Évidemment vous avez bien noté que la moitié de la planète est confinée, ce qui n’empêche pas Strava , application pour des activités en extérieur, de lever 110 millions. La force du logiciel. Strava raises $110 million, touts growth rate of 2 million new users per month in 2020

En France, GeoVelo suit un autre chemin, en travaillant avec les villes pour les aider à définir les meilleurs itinéraires et planifier des infrastructures cyclables, grâce aux données de ses utilisateurs. GeoVelo, partenaire de la Ville de Paris

D’ailleurs j’aurai prochainement le privilège de participer à une table ronde avec Antoine Laporte Weywada de GeoVelo dans le cadre d’un très chouette évènement sur le tourisme connecté. Jetez un oeil au programme ! Le VAE, l'objet connecté qui révolutionne la mobilité de demain

🧐 Et aussi

L’un a profité de la crise sanitaire, l’autre en a souffert comme jamais. Les deux devraient pourtant entrer en bourse très prochainement.

Le premier est un service de livraison de repas, Doordash. Son document préparatoire indique l’immensité du marché qu’il attaque : “58% des adultes indiquent être plus favorables à la consommation de repas livrés qu’il y a deux ans”. Et les chiffres le valident : le nombre de commandes a été multiplié par plus 4 depuis début 2019. How COVID-19 accelerated DoorDash’s business

La deuxième a beaucoup mieux résisté que ses concurrents Booking ou Expedia, grâce notamment à sa créativité et…sa capacité à mobiliser une riche communauté de “hosts”, les hébergeurs. C’est, vous l’aurez deviné, Airbnb. « L’introduction en Bourse d’Airbnb démontre l’agilité d’une entreprise qui ne possède rien, mais est partout »

Pour ma part, j’attends le résultat de l’entrée en bourse pour modifier le titre du deuxième article le plus lu du blog Comment rater une startup à 30 milliards de dollars, qui relate le dialogue entre deux investisseurs aux tous débuts de l’aventure Airbnb. Il doit toujours s’en mordre les doigts…

🤩 On a aimé

Un intéressant travail de recherche sur les effets de l’automatisation des télécommunications sur l’emploi des opérateurs au début du 20ème siècle. Qu’est-il arrivé aux opératrices téléphoniques une fois les “switchs” installés ? Je ne veux pas divulgâcher mais ça ne s’est pas si mal passé qu’on pouvait le craindre : de quoi avoir confiance dans l’avenir ! Automation and the Fate of Young Workers: Evidence from Telephone Operation in the Early 20th Century

La bande annonce de Tchernobyl entièrement réalisée avec des Legos. Juste : génial ! Chernobyl (HBO) LEGO

Catastrophe toujours. Quand une agence de recherche de l’Université de Londres développe des modèles en 3D et des outils d’analyse de vidéos pour percer le mystère de l’explosion de Beyrouth. À voir absolument. Forensic Architecture

Enfin un signe des temps : Zoom va autoriser les familles à se parler au-delà de la limite des 40 mn de sa version gratuite pendant les fêtes de fin d’année. Quand les plateformes ont des sentiments… Zoom to lift 40-minute meeting limit on Thanksgiving for longer family hangouts

Personnellement, j’espère vous avoir pris moins de 40 mn 😉. Portez-vous bien !

C’est fini pour cette semaine. Avant de partir, n'hésitez pas à partager cette lettre si vous l'appréciez, ou laissez un petit 💙 pour la route. Merci !

À la semaine prochaine.

Stéphane