Se battra-t-on encore pour rejoindre les grandes écoles si l'enseignement passe en ligne ?

COVID oblige, certaines universités ferment ou restent fermées. Avec une nécessaire remise en question des moyens, de l'expérience et de la finalité des universités et (surtout) des grandes écoles.

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💌 Vous et moi

Notre exploration des impacts du COVID sur la société s’arrête cette semaine aux portes des universités et grandes écoles. Alors que les établissements essaient tant bien que mal de rouvrir après 6 mois de fermeture des amphis, les premiers cas laissent augurer le pire. Comme pour le télétravail et le commerce, la durée de la crise oblige les acteurs à ré-interroger l’ensemble de leur modèle. Comment enseigner dans les années 2020 ? Comment “créer du réseau” ? Quel sera l’attrait des diplômes pour les étudiants s’ils sont passés sur Zoom ? Et pour les employeurs ?

🎯 Cette semaine

La crise du COVID est aussi une crise “sociale” car elle s’attaque en premier lieu à ce qui rassemblait physiquement les gens : les soirées, les spectacles, les évènements, et…l’enseignement. Nous avons parlé dans cette lettre en détail des évènements professionnels (lire Les évènements professionnels sont morts, vive les évènements professionnels). Qu’en est-il de l’enseignement supérieur dont c’est la rentrée ce mois-ci dans l’hémisphère Nord ?

Après un dernier semestre l’année dernière passé à distance, les étudiants se demandaient s’ils allaient pouvoir retrouver les bancs. Et bien ce ne sera pas le cas partout, en ce qui concerne les États-Unis notamment. De prestigieuses universités comme Harvard ou Stanford ont déjà annoncé que la majorité des cours aura lieu à distance. De quoi faire sérieusement réfléchir les familles qui consacrent en moyenne 50 000$ par an et par étudiant dans les plus grandes universités. 45 millions d’Américains cumulent une dette de 32 000$ en moyenne, qui plombe leur pouvoir d’achat pendant des décennies. Cette dette pourrait même d’après des économistes représenter la cause de la prochaine crise financière.

Mais au fait, pourquoi investir une telle somme dans ses études ? Le consultant Jeremiah Owyang énumère 6 raisons :

  • le logo (le prestige de l’université sur le CV)

  • l’acquisition de connaissances

  • l’expérience de vie à l’université

  • le réseau

  • l’avancement de carrière

  • le développement personnel

J’ajouterai

  • rassurer ses parents

  • trouver un job facilement et toute sa vie (ou au moins le sentiment qu’on va pouvoir…).

Si vous en voyez d’autres faites nous en part en commentaire !

Et maintenant, l’exercice intéressant est de se demander 1/ quels sont les éléments qui ont le plus de valeur pour l’étudiant 2/ ceux qui ont le plus de valeur pour les employeurs successifs 3/ ceux qui pourraient être traités différemment afin de démocratiser l’accès aux études.

Photo Aubrey Odom via Unsplash

Et c’est au milieu de ces interrogations que…Google arriva. Avec ses Google Career Certificates la firme de Mountain View promet l’équivalent d’un diplôme sanctionnant 4 ans d’études…en 6 mois. Les formations sont pour le moment assez techniques (data analyst, project manager, IT specialists). Rien ne dit que Google ne va pas développer des formations bien au-delà de ses propres besoins. L’entreprise avait déjà lancé des outils et contenus en open source avec Oppia Google debuts online education tool Oppia to let anyone create interactive activities for teaching others.

On ne connaît pas encore les tarifs mais Google facture 300$ les 6 mois de cours en ligne sur Coursera. À comparer avec les sommes évoquées plus haut pour 4 ans d’études…Les participants sont par ailleurs invités à bénéficier des capacités de recherche d’emploi de Google. Ah et, au fait : pas besoin de diplômes ou de classes prépa. Révolutionnaire.

Que vaudront les certificats de Google sur le marché du travail ? Les entreprises vont-elles entrer dans le modèle d’enseignement proposé (croyez-moi, elles y seront forcément invitées) ? Quoi qu’il arrive cette irruption obligera les établissements d’enseignement à réfléchir sur leurs modèles économiques. Le poids financier de leurs locaux sous-utilisés. La valeur de l’enseignement à l’ère de la Kahn Academy et des cours accessibles en ligne de partout et tout le temps. Le changement des besoins si une part grandissante de la population travaille en ligne et en remote. Passionnants chantiers.

🧐 Et aussi

Pas une semaine sans de nouvelles formes d’expériences en ligne. Twitch propose de créer des “parties” entre amis et passionnés pour regarder un film ensemble. Ira-t-on encore au cinéma après ça ? Watchparties are now available to creators around the world

Cela nous interroge sur que font les collégiens quand ils sont le nez dans leur smartphone ? Joli reportage de l’AFP Dans les smartphones des collégiens

Les habitué·es du blog auront reconnu un sujet qui nous tient à coeur. Nous y avions consacré une Lettre à ma fille de 15 ans

(d’ailleurs elle fête ses 16 ans la semaine prochaine 🎂).

🤩 On a aimé

Design des solutions numériques : jusqu’à quel point faut-il simplifier les solutions ? L’article Disrespectful Design—Users aren’t stupid or lazy . Le débat fait rage sur Hacker News

Un article entièrement rédigé par un “robot”. Franchement je le trouve meilleur que certains autres. A robot wrote this entire article. Are you scared yet, human?

Là ce ne sont pas des robots qui les ont réalisées et elles sont extraordinaires. Le New York Times met encore la barre très très haut en matière d’expérience de lecture et de visionnage d’infographies. Fascinant.

Une promenade virtuelle dans le quartier de Jackson Heights

L’analyse de l’explosion de Beyrouth

Trois beaux exemples de ce que la technologie peut apporter à l’information. Rédiger des articles simples et factuels. Permettre de nouvelles expériences immersives dans le récit. De quoi inspirer l’enseignement supérieur !

C’est fini pour cette semaine 🙏🏻👋🏻

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À la semaine prochaine.

Stéphane